mercredi 20 mai 2015

La maison manquante, Boltanski





Dans le cadre de l’exposition Die Endlichkeit der Freiheit, Berlin, été 1990, Boltanski réagit à la chute du mur de Berlin : Il trouve un ensemble immobilier dans la partie est de la ville, dont manque une section médiane détruite durant la seconde guerre mondiale.

Aidé d’étudiants, Boltanski installe sur les deux murs mitoyens, devenus façades, des plaques indiquant le nom, le métier, ainsi que la date de mort des anciens occupants, au plus près de l’emplacement des appartements aujourd’hui disparus. Vingt juifs qui avaient été tués par les nazis se trouvent parmi les anciens occupants identifiés. Dans la réactualisation des disparus, l'absence acquiert une densité qui la rend présente, visible. La place laissée vide par l'immeuble détruit est ainsi rattachée au souvenir des habitants disparus.

L'oeuvre est encore en place aujourd'hui, Grosse Hamburgerstrasse Berlin (ex-est).

samedi 16 mai 2015

Pamplemoussi, Geneviève Castrée

Je viens de recevoir dans ma boîte au lettres un livre mignon et inspirant de Genevieve Castrée.  Ce n'est pas celui que je vous montre en dessous. Mais j'ai envie de l'acheter lui-aussi après avoir lu l'autre. Les livres de Geneviève Castrée pourraient faire partie de la tradition les livres d'illustration pour enfants, mais ils parlent de dépression, de relation humaine abusive.







Site de l'artiste: http://www.genevievecastree.com

dimanche 10 mai 2015

En marchant, la mémoire d'un lieu




«Quelque chose se relâche. Il me sembe qu'on sent un espèce de relâchement, de soulagement en arrivant dans un espace qui n'est pas contrôlé.»En marchant dans le Mile-ex, je suis tombée sur ce témoignage d'un lieu disparu : un bâtiment qui a été rasé pour construire autre chose. Des parkings peut-être. Scotchées sur le trottoir, les pages commencent à s'effacer elles-aussi. Des bouts sont arrachés. 








Je les ai prises en photo une par une. Elles parlent d'un lieu qui fut un lieu de travail pour l'un, lieu de squat pour d'autres, lieu d'un échec amoureux pour un autre. Et toutes ces voix dont revivre ce lieu au point qu'on arrive presque à voir leurs fantômes marcher dans les étages déserts de l'échafaudage qui a remplacé le vieux bâtiment .






vendredi 8 mai 2015

Quelques images de ma résidence d'écriture




La discussion avec Sophie Jodoin a commencé dans son atelier. Elle m'avait invitée à voir ses oeuvres, avec beaucoup de générosité, et nous avions passé la soirée à parler d'art, de livres, de littérature tout en déambulant de table en table dans un atelier plein de travaux en cours et à venir. Par la suite, elle m'a proposé d'écrire un texte autour de son exposition une certaine instabilité émotionnelle à la galerie Battat. Ce texte, il est né peut-être justement grâce au contexte que Sophie a créé lorsqu'elle m'a montré les oeuvres qui constitueraient l'exposition. Des dessins en noir et blanc étalés sur trois longues bandes de papier blanc et, sur le mur, une douzaine de questions cliniques formulées au vous. Nous circulions à l'intérieur de cette installation, nous parlions, elle me parlait de ces phrases, de leur origine, moins des dessins dont on sentait qu'elle connaissait l'histoire, mais refusait de la dévoiler.

Entre ce moment et celui de l'exposition, l'oeuvre de Sophie a changé. Elle n'a pas seulement été déplacée d'un lieu à un autre. Les questions (il y en a 80 finalement) sont projetées en transparence sur le mur à l'aide d'un projecteur à diapositives dont les cliquetis réguliers nous dictent, sans qu'on s'en rende vraiment compte, le rythme à suivre quand on regarde les dessins de l'autre côté du mur. Certains dessins ne sont plus là. Des phrases continuent d'être remplacées par d'autres depuis que l'exposition a commencé. Peut-être que l'ordre des images change aussi. Tous ces déplacements, ils sont contextuels à l'espace, à l'état de l'artiste, aux commentaires qu'elle reçoit semaine après semaine.



Je me suis demandé comment mon écriture pouvait continuer à dialoguer avec cette oeuvre en devenir et j'ai proposé à Sophie de faire des «journées d'écriture» dans la galerie pendant la durée de l'exposition. Chaque semaine, je viens donc passer quelques journées entières dans la galerie pour laisser l'écriture advenir. J'ai décidé de ne pas avoir d'ordinateur pendant ces journées de résidence. Déjà, parce que je voulais laisser à l'écriture la possibilité d'être intime, et même privée. Il me fallait donc utiliser un support qui ne soit pas destiné à la diffusion. Ensuite, parce qu'il est trop facile, avec un ordinateur, de noyer l'ennui en ouvrant un dossier, une fenêtre. Alors que je voulais travailler avec l'ennui, avec les moments vides. Enfin, parce que je voulais que le temps de l'expérience soit visible, dans les ratures, dans la chronologie des pages qu'on tourne.
Je n'ai donc qu'un carnet, un bloc de post-its, des stylos, un appareil-photo. Une petite table et une chaise pliantes, que je peux déplacer dans la galerie pour changer de point de vue.




Ce qu'il se passe depuis, j'en partage quelques pages ici. On pourrait dire qu'il ne se passe pas grand chose. C'est l'impression que j'ai quand je sors de la galerie à la fin de la journée : «il ne s'est pas passé grand chose». Ou alors, «il se passe toujours la même chose». Il se passe des micro-événements qui captent mon attention parce que je suis disponible : les bruits de la pièce, la tâche rouge de l'alarme incendie sur le mur dans une salle tout en dégradés de gris, l'attitude des visiteurs, envers l'exposition et envers moi, les mille pensées qui parasitent ma présence.... 
Quand je relis les pages déjà écrites, je peux encadrer en rouge quelques phrases qui renouvellent mon regard sur l'oeuvre de Sophie Jodoin.




mardi 5 mai 2015

Une certaine instabilité émotionnelle, Sophie Jodoin

Sous l'invitation de Sophie Jodoin, j'ai écrit un texte qui cohabite avec sa toute récente exposition Une certaine instabilité émotionnelle. C'est une expérience dans la même lignée que celle commencée avec Gwendolina Genest dans notre projet de photographies et de textes L'Autopsie du quotidien. Pendant toute la durée de l'exposition, je ferai aussi une résidence d'écriture à raison d'une journée par semaine dans la galerie afin de continuer ce dialogue avec l'artiste. Je vous invite à découvrir son travail avant le 30 mai à la galerie. 

Sophie Jodoin - De la série une certaine instabilité émotionnelle (untitled 17), 2013-15, conté, mylar et impression inkjet archive sur papier Zherkall, 25.5 x 20.5 cm / 10 “ x 8”,
photo: Éliane Excoffier
De la série une certaine instabilité émotionnelle (untitled 9), 2013-15, conté, mylar et impression inkjet archive sur papier Zherkall, 25.5 x 20.5 cm / 10 “ x 8”, photo: Éliane Excoffier

Vue de l'exposition une certaine instabilité émotionnelle, 16 avril-30 mai, 2015, Battat Contemporary, Montréal, photo: Paul Litherland

1.
Les rues sont pleines de maisons qui ne sont pas la mienne. Je viens de nulle part. D'ailleurs. De partout. De tous les lieux où je vous ai croisés. J'avance comme si j'étais le personnage du rêve d'un autre. Une jambe après l'autre, d'un pas décidé, les images diront le reste.

Je ne me souviens de rien. Comment sont disposés les meubles. S'il y a des fenêtres. Il me reste, paraît-il, un couvre-lit, une lame coupante, un pouls rapide, des perles, des cheveux. J'ai depuis longtemps perdu de vue leur couleur.

Quelque chose s'est passé. Pourtant, je me réveille toujours la même, dans la même pièce, dans le même lit, sous les mêmes draps. Je collecte et rassemble les choses. Je les étale autour de moi, juste au cas où. Je ne me reconnais pas. Ça n'arrive pas à me surprendre.

Les images ne disent rien des drames qu'abrite le quotidien. Il y a des corps qui disparaissent. J'aurais dû faire des phrases pour les retenir. J'essaie de faire des phrases. En soliloque, j'arrive exactement à la phrase que j'aimerais vous dire, mais je suis incapable de la partager. On fait des phrases, mais on ne dit rien.



2.
Les rues seront pleines de maisons qui ne sont pas la vôtre. Vous viendrez de nulle part. D'ailleurs. De partout. De tous les lieux où vous m'aurez croisée. Vous avancerez comme le personnage du rêve d'un autre. Une jambe après l'autre, d'un pas décidé vers quelque chose, mais vous ne reconnaitrez rien. Ni les rues, ni les maisons qui les peuplent.

Vous ne saurez plus comment sont disposés les meubles. S'il y a des fenêtres. S'il vous reste un lit, un pouls, un corps. Vous ne vous souviendrez plus de la couleur des murs. Vous aurez depuis longtemps perdu de vue votre existence.

Quelque chose s'est passé, mais vous ne saurez pas quoi. La maison abrite aussi des drames, pas que du quotidien. Vous vous réveillerez dans le même lit, sous les mêmes draps. Vous ne vous souviendrez plus de la veille. Vous étalerez les preuves autour de vous. Vous aurez peur de ne plus vous reconnaître. Pourtant, vous vous reconnaîtrez. Ça n'arrivera pas à vous surprendre.

On vous dira de faire des phrases. Faites des phrases! Vous essaierez de faire des phrases

Texte de Céline Andréa Huyghebaert suite à une invitation de l'artiste Sophie Jodoin autour de l'exposition « une certaine instabilité émotionnelle » à la galerie Battat Contemporary (16 avril - 30 mai, 2015).


une certaine instabilité émotionnelle
Sophie Jodoin

16 avril au 30 mai 2015



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Comme événement satellite de la Foire Papier, la galerie Battat a organisé le 25 avril 2015 une discussion entre l'artiste Sophie Jodoin et moi, autour de sa dernière exposition nommée Une certaine instabilité émotionnelle.