mardi 16 décembre 2014

Les négatifs négligeables, Thomas Sauvin et Melinda Gibson



Thomas Sauvin a récupéré un demi-million de négatifs anonymes pris en Chine entre 1985 et 2005, époque à laquelle le numérique prend le dessus sur la photographie argentique. Dans la série Lunar Caustic, née de sa collaboration avec la photographe Melinda Gibson, les photographies d’archive sont brulées par l’acide et le nitrate d’argent, afin d’isoler la véritable essence de l’image. Elle devient alors une image instable, décolorée, recontextualisée, montrant le portrait déjà évanescent de la Chine au lendemain de la révolution culturelle.

Le sujet de Lunar Caustic est moins la question anthropologique de la conservation de la mémoire que la création de nouvelles images qui rendent visible leur évanescence, leur destructibilité par l'utilisation des matériaux dont elles sont pourtant constituées. Une sorte de mise en évidence d'une autodestruction présente dans la photographie elle-même.

J'aime la manière dont les tâches semblent gruger le souvenir, ou le réel... l'image en tout cas, comme une chose vivante qui avance lentement des coins vers le centre jusqu'à ce qu'il ne reste rien. 



«When applying acid and nitrate to an existing image, we focused less upon the salvaged image, and more upon those millions of images that suffered another fate. We’re examining their organic disappearance.»


«It’s a tale of rescue and destruction. Images ultimately destined for ruin are now taken to the very threshold of disappearance, frozen between stages, part rescued and part destroyed by the very compounds used in their creation, that of silver nitrate. This binding of the two processes, physically reworked handprints with acid and nitrate, creates a new space for interpretation, elevating the simplicity of the process and the final product, but furthermore echoing the spontaneous, uncontrollable nature of the damaged negatives, where gradual organic matter grows over the imagery.»


Source: Daze

lundi 15 décembre 2014

Livres pour enfant, Louise Marie Cumont

Chut! Louise Marie Cumont. Édition Les Trois Ourses, 2013
Sérigraphié et relié par AMM Screens à Chennaï (Inde)
100 exemplaires numérotés et signés
Format 51,7 x 36,3 cm. Prix 100 €

Partie d'un jouet appartenant à son fils, Louise-Marie Cumont a séparé la cavalière du dos du cheval pour explorer leurs chorégraphies possibles. Le résultat, entièrement sérigraphie sur un cahier de très grand format, se rapproche d'un flipbook dont on tournerait les pages au ralenti pour apprécier les images.


2010 – À table ! Nantes : MeMo (Tout-petits memômes)

Pour la remise en cause de la répartition des tâches et des identités genrées, on repassera. Mais j'aime beaucoup les jeux de composition, les associations de motifs rayés et quadrillés, les personnages à la mobilité limitée par les collages. 


Louise Marie Cumont 2009 – Au lit ! Nantes : MeMo (Tout-petits memômes)

Dans ce livre plein de rectangles qui parlent de la nuit, seules les têtes dépassent des couvertures. J'aime comment l'auteure nous fait rentrer dans le monde de la nuit, dans les cauchemars ou les songes, avec très peu de moyens, pas de textes.

vendredi 5 décembre 2014

Livre en boite







Imaginés par l’éditeur Ricahrd Meier et sa fille Sophie, les Fireboox sont des petits livres d’artistes dissimulés dans des boites d’allumettes. L’idée originale donne naissance à des créations inédites, pliées en accordéon, qui se déroulent pour dévoiler leur contenu. À l’heure actuelle le concept a fait son chemin, de nombreux artistes comme Olivier Metzger, Claude Viallat, Ben, Lucot, Mr Qui et Michel Butor ont participé à ce pari de créer des œuvres miniatures sur mesure.
Source: étapes, Fireboox

mercredi 3 décembre 2014

Sans Lessness

« Le texte français Sans s'appelle en anglais Lessness, vocable forgé par Beckett, comme il a forgé l'équivalent allemand Losigkeit.

Ce mot de Lessness (...) m'ayant envoûté, je dis un soir à Beckett que je ne me coucherais pas avant d'avoir trouvé en français un équivalent honorable... Nous avions envisagé ensemble toutes les formes possibles suggérées par sans et moindre. (...)

Nous tombâmes d'accord qu'on devait abandonner l'enquête, qu'il n'y avait pas de substantif français capable d'exprimer l'absence en soi, l'absence à l'état pur, et qu'il fallait se résigner à la misère métaphysique d'une préposition.»



Cioran, Exercices d'admiration, p.102