lundi 31 mars 2014

Disparitions du corps présent, Chris Burden






Dans White Light/White Heat (1975), Chris Burden «disparaît» de son exposition chez son galeriste Ronald Feldman, à New-York. Il construit une plateforme triangulaire située à trois mètres du sol, et s'y installe pendant 22 jours de telle façon qu’il ne puisse voir personne et que personne ne puisse le voir. Il est à la fois présent et invisible: «les visiteurs ignorant la présence de l’artiste ne perçoivent de cette exposition qu’une plate-forme blanche dans un angle de la galerie».


Dans Dead man (1972), Chris Burden se fait enfermer dans un sac et déposer sur une autoroute californienne. En se dissimulant dans un sac, il sait que le conducteur sera moins impliqué que s'il voyait le corps de l’artiste. D’où le titre de l'oeuvre qui annonce une fin tragique de l’artiste.


Dans Oh Dracula (1974), Chris Burden joue encore sur le concept de la présence/absence. Il déclare : « Le directeur, du musée de l’Utah, m’avait invité à faire une pièce dans le hall d’entrée du musée. Le lieu était plein de tableaux religieux de la Renaissance. En utilisant des bandes adhésives, j’ai fait un grand cocon de façon à pouvoir tenir dedans. Fixé en hauteur sur le mur, je prenais la place d’un des tableaux. Une bougie allumée était placée sur le sol sous ma tête et une autre à mes pieds. Une plaque placée au mur, identique aux cartels des autres tableaux, indiquait mon nom, le titre de la pièce et la date. Je suis resté dans le cocon pendant les heures d’ouverture du musée, de 9 heures à 17 heures ».

Sources: http://www.esam-c2.fr/IMG/file/enseignement_superieur/null/Caroline%20Chambodut.pdf

LA disparition



- C'est une image de la vie pour vous?
- Non, c'est une image de l'écriture

vendredi 28 mars 2014

L'arrière-arrière grand-mère de Jakob Gautel








Maria Theodora, Editions au Figuré et FRAC Haute-Normandie, 2005, 256 pages

Ce livre retrace la vie de Maria Theodora, l’arrière-arrière-grand-mère, mi-allemande, mi-indonésienne, de Jakob Gautel. Cet artiste originaire de Karlsruhe (Allemagne) explore sa mythologie familiale, indissociable de la question de la mixité à l’époque du colonialisme. Son point de départ : la figure énigmatique d’une aïeule vivant dans un ailleurs lointain et disparue sans laisser de traces. Elle est née en 1845 à Palembang, Sumatra, et est morte en 1913 à Weimar, Allemagne. L’aventure le mène à un voyage de 6 mois en Indonésie pour retrouver traces de ces existences lointaines et fantasmatiques. 

Il en rapporte un journal, document parfois violent sur la situation difficile d’un pays et retraçant l’état d’agitation qui anime son enquête. C’est l’enquête même qui fait exister Djinio, évanouie de toute archive. Djinio ne peut exister que dans ses mots, dans ceux du journal de sa fille aussi, qui relate les moments de sa séparation d’avec sa mère, et ces 120 autres femmes, indonésiennes et européennes, que Jakob Gautel a photographiées dans la même pose, le même vêtement, le même décor que Maria Theodora. Tout dans ce livre, textes et images, l’appelle mais c’est en creux qu’elle s’inscrit.

Le livre rassemble 120 photographies, des portraits de femmes tentant d’incarner le temps d’une pose la figure de Maria Theodora, telle qu’elle apparait sur une photographie retrouvée par l’artiste dans ses archives familiales. Datée des années 1860, cette photographie jaunie montre une jeune femme de 16 ou 17 ans : l’arrière-arrière grand-mère de l’artiste. Une collection d’objets et de notes évoque à son tour la figure énigmatique de Maria Theodora, que la fiction et la narration tentent de faire revivre en même temps qu’elles brouillent la véracité des faits. De sa mère indonésienne Djinio, il ne reste rien, seulement un nom, et des souvenirs sur le visage de sa fille. L’œuvre, mêlant mémoire intime et collective, fantasme et réalité historique, interroge le passé pour mieux appréhender le présent, "comme un repositionnement de notre GPS intérieur", conclut l’artiste.

Robert Filiou, Longs poèmes courts à terminer chez soi











mercredi 19 mars 2014

Livre Imaginé: Source ouverte


J'exposerai plusieurs livres d'artiste, ainsi que les dix premiers numéros de L'autopsie du quotidien à la librairie Monet dans le cadre de l'exposition Livre imaginé: Source ouverte.