lundi 16 avril 2012

Ce que je n'est pas, Saskia Jetten


'Puppet 3' 2011, lithography/linocut/fibre fill/snaps, 34 1/2 x 15 1/2 x 6 1/2 in.
Head with wolves' 2003, lithography, 19 1/2 x 26 inch
'Mask' 2009, charcoal / marker on paper 38 x 47 i

«Le masque nous aide à préserver la part la plus intime de nous-mêmes, la mettre à l'abri des jugements et des pressions sociales, tout en établissant des relations avec les autres de manière à pouvoir vivre en société. Il s'agit en quelque sorte d'un intermédiaire entre l'extérieur et notre intérieur le plus confidentiel, un médiateur qui nous permet d'entrer dans le réseau des interactions sociales et de remplir notre rôle dans la communauté humaine. Mais de graves problèmes surgissent si l'on ne se rend pas compte que ce masque existe, le risque est alors très grand de ne plus faire la différence entre notre rôle social et notre véritable personnalité. C'est ce qui arrive à la plupart des gens, ils s'identifient totalement avec leur masque, oubliant que celui-ci n'est qu'un outil qui devrait être à leur service. La persona prend alors le pouvoir et c'est elle qui dicte ses volontés. Les individus prisonniers de ce tyran intérieur ne sont plus que des coquilles vides, leur unique souci est de se conformer à l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes. Sans qu'ils s'en aperçoivent, leur personnalité profonde est dévorée par le masque et ils deviennent incapables de prendre librement leurs décisions. Toutes leurs actions répondent au même objectif : garder intact le portrait qu'ils offrent aux autres, ne pas remettre en question la vision qu'ils ont d'eux-mêmes.»

Source:Saskia Jetten, Ateliers Piroir, Le pouvoir du miroir, Dialectique du moi et de l'inconscient (Jung)

vendredi 13 avril 2012

Installer du texte, Sophie Calle






« Prenez soin de vous »: Le titre de cette exposition évoque les derniers mots écrits par le mystérieux G. dans sa lettre de rupture à Sophie Calle. L'artiste, avec ce mélange d’impudeur, d’ironie et de sentimentalisme qui la particularise, décide de suivre ces mots à la lettre en demandant à 107 femmes de d'interpréter la lettre à sa place en utilisant leur propre langage professionnel. La majorité des matériaux recueillis sont donc constitués de textes, dont l’exposition présente un défi majeur, d’autant plus que la plupart n’ont aucune qualité esthétique et exigent parfois que le public s’engage dans une activité de lecture prolongée étant donné leur longueur. Daniel Buren, qui a agit à titre de commissaire, a choisi de présenter les documents dans une mise en scène un peu précieuse et interactive en les présentant parfois comme des oeuvres sous verre, parfois comme des secrets à découvrir à l'intérieur de boîtes, en jouant avec la matérialité et le design des supports. Mais le texte est-il moins imbuvable pour le spectateur quand il amuse les yeux, divertit, se laisse regarder? Autrement dit, peut-il s'en abreuver?

***
 [...]
Quoi qu’il arrive, sachez que je ne cesserai de vous aimer de cette manière qui fut la mienne dès que je vous ai connue et qui se prolongera en moi et, je le sais, ne mourra pas.
Mais aujourd’hui, ce serait la pire des mascarades que de maintenir une situation que vous savez aussi bien que moi devenue irrémédiable au regard même de cet amour que je vous porte et de celui que vous me portez et qui m’oblige encore à cette franchise envers vous, comme dernier gage de ce qui fut entre nous et restera unique.
J’aurais aimé que les choses tournent autrement.
Prenez soin de vous.
X

***

Cent sept réponses qu'on ne lit pas, ni pendant l'exposition, ni plus tard en parcourant le lourd catalogue qui les rassemble. À cause de la mise en espace du texte, du livre? Ou parce que la seule réponse vraiment importante n'est pas là? Et qu'on a juste envie de se défiler, tout comme elle?

Source: FMR-ID

Fordlândia, Scott Chandler





Quand Henry Ford fit construire en 1928 en Amazonie le village de Fordlândia , il avait le désir de recréer une idée de l'Amérique d'antan - disparue avec lui.  Les rues furent pavées, des trottoirs installés, une école, un cinéma, une usine, un golf construits. Le village était régi par les lois états-uniennes, y compris la prohibition. Fordlândia fut un échec financier. Les travailleurs se révoltèrent et la terre fut revendue au Brésil juste après la mort de Henry Ford. Utopia fut abandonné.

Sources: Scott Chandler

jeudi 12 avril 2012

La défense de l'égo, Michelle Furlong

Dual, 2011
crayon de plomb, encre, acrylique sur papier
Confines of the peculiar, 2011
crayon de plomb, encre, acrylique sur papier
In the seam, 2011
graphite, encre, acrylique, aquarelle sur papier
La défense de l'égo, 2010
graphite, encre, acrylique, aquarelle sur papier
Between matter and body, 2011
graphite, encre, acrylique, aquarelle sur papier
Controled space, linoprint
Drapecity, 2007-2009
linoprint
Faces, 2004
Dans ma chambre, 2004

To begin with the human body – to cover it, to conceal it and to contain it,
so as
 to expose it, reveal it and set it free./ 
Commencer avec le corps humain - le couvrir, le camoufler, le contenir,
tout en l'exposant, le révélant, lui rendant sa liberté.
Michelle Furlong

Michelle Furlong travaille sur les frontières du corps, corps intime et corps social, leur interaction, tension qui semble ne pas vouloir se résoudre, comme si chacun ne pouvait rester à sa place, cherchait sans arrêt à se débarrasser de l'autre, qui s'étirerait sous la pression, mais resterait collé. Le corps est découpé, tordu comme un corps de danseuse soumis aux persécutions d'un chorégraphe tyrannique, ou alors il étouffe à l'intérieur d'une masse de tissus et de matières.

Vous pouvez voir son exposition Rêves sous la peau à la Galerie d'Este jusqu'à dimanche 15 avril.

mercredi 11 avril 2012

Fenêtres par Magritte

L'Empire des lumières, 1954

La clé des songes, 1930

L'oeil, 1968

Eloge de la dialectique, 1937

Le masque vide, 1928

Le contenu du colis perdu

Poids réel / Actual Weight 3.098 kg
Poids cubique / Cubed Weight 3.763 kg
156 cm x 43 cm x 15 cm
Supp carburant / Fuel surcharge $12.53
Bois (68 %), papier et carton (30 %), encre (0,98 %), métal (0,56 %), fil (0,21 %), plastique (traces)

1. La non-livraison et le retour massif, voire systématique, du colis à l'expéditeur pourrait-il entraîner la faillite de l'entreprise de fret qui se retrouverait incapable d'éponger les frais de carburant supplémentaires des renvois?

2. Un colis non livré écrase ses qualités matérielles et tridimensionnelles en quelques chiffres conceptuels sur une bande de papier blanche froissé qu'on appelle ticket de caisse, ou reçu. Et qui est tout ce qu'il reste.

3. Si le poids cubique est le poids que le colis occupe et qu'il correspond à ce qu'on appelle «masse volumique» (La masse volumique est déterminée par le rapport p=m/V, où m est la masse de la substance homogène occupant un volume V), étant donné que chaque matière a une masse volumique au kg/m3 différente, devrions-nous pour être plus justes énumérer pour chaque colis les matériaux qui le constituent et leur proportion? La seule réponse que je trouve auprès de la compagnie est insatisfaisante: «Nous utilisons le poids cubique, parce qu'il est quelque chose que nous pouvons facilement mesurer; sur place, au-dessus du téléphone, ou même par Internet.»



mardi 10 avril 2012

Le visage comme lieu de mémoire, Anahy Aucé



Données non identifiées, 2000
L'installation Données non identifiées est constituée d'images reproduites de personnes mortes, et d'une table d'autopsie sur laquelle sont posés les cent cubes de verre contenant les photos. Sur la table, il y a un corps social, matérialisé métaphoriquement les cubes. La table d'autopsie interroge une identité, un événement: Qui est mort? Que s'est-il passé?  Mais la forme du cube donne un autre sens à la mort : elle apparaît sous la forme d'un jeu. Le public cherche l'identité du mort derrière chaque image sur la surface du cube.

Désirs Occultes, Désillusions, 2003
Désirs Occultes, Désillusions présente des photographies imprimées sur des draps de lit, deux lits d'hôpital anciens et des pièces de verre brisé. L'artiste s'intéresse aux désirs cachés et oubliés, à ce que nous refoulons. « C'est une espèce de mort, d'effacement du contenu intérieur, émotionnel, qui ne fait plus partie du présent. Il n'arrive pas à sortir, il n'émerge pas. Métaphoriquement, les lits corroborent cette réalité en ce sens qu'ils peuvent représenter tout autant la naissance, l'intimité, la maladie, une période de fragilité. Et aussi la mort, la fin. »

Au-delà du regard, 2009
L'installation Au-delà du regard se compose de deux animations vidéo projetées sur les murs et constituées à partir de photographies d'archives de portraits de femmes du Québec et du Brésil; les codes d'identification numérique et les noms de famille de ces femmes; 400 têtes de poupée moulées en porcelaine blanche, dont certaines sont identifiées par un prénom.

«Au fond, j'essaie de montrer que la mémoire encore vivante à l'intérieur de ces regards est capable de communiquer avec nous parce que ces femmes sont encore en vie dans notre mémoire car l 'histoire d'une existence n'a pas été faite pour être archivée ou gardée dans un tiroir comme un objet. »

Dominique Blain, Inner Sanctum 1994-1995


Boîtes d’acier, photographies, lampes, verre et miroirs, 3,96 x 13,72 m.


Vues intérieures des boîtes
L'installation Inner Sanctum est constituée de 16 boîtes en acier à l'intérieur desquelles sont placées des photographies en noir et blanc d'enfants dans des situations de guerre. Le visiteur est invité à plonger le regard dans les boîtes éclairées.

Source: Hour, Dominique Blain

vendredi 6 avril 2012

Le prix Expozine

Évidemment, dire qu'on ne s'y attendait pas, qu'on n'avait rien préparé, qu'on a eu l'air un peu fou sur scène, on ne sort pas du lieu commun. Dire, par contre, qu'on a quitté la salle avec un diplôme d'Expozine à l'encre rouge tamponnée sur un cadre de papier orné d'étoiles dorées, est plus atypique. Le prix du meilleur fanzine francophone, remis pour mon fanzine L'Impossible voyage, vient aussi récompenser indirectement les disséminations passées et discrètes de Louisa-Nar...

Sur le site d'Expozine: L'Impossible voyage, «Petite collection de pensées à la fois nostalgiques et autoréflexives entourant un voyage d’une certaine Louisa-Nar sur des cartes d’identification de bagages. Chaque petite carte d’embarcation est sérigraphiée en noir et blanc. Objet d’art finement assemblé et numéroté. À méditer!»