dimanche 27 novembre 2011

Exposer à Expozine

Ma première participation à Expozine est terminée. J'avais une table avec d'autres membres des Ateliers ZAZ. Deux jours qui sont passés à toute vitesse, être témoin du succès des amis, partager les émotions violentes, la fatigue, la déception parfois, de réaliser qu'un projet aurait mérité plus (de temps, d'effronterie, de maîtrise), les beaux compliments qui nous donnent envie de continuer, recommencer,  les découvertes de centaines de fanzines magnifiques, se dire que Montréal est une ville qui regorge de talents silencieux, cachés peut-être dans les mythiques sous-terrains que nous habiterions en troglodytes pendant l'hiver, paraît-il.

J'ai présenté plusieurs fanzines sérigraphiés, dont le dernier Livre de foie/The Liver Book, terminé en précipitation à 4 heures du matin la veille grâce à l'aide des amis de l'Atelier ZAZ. Il doit être retravaillé, je le vois, après ces deux journées à l'avoir sous le nez, qu'il a besoin d'être poussé, dans sa matérialité. Ajouter de l'organique et de la transparence. Avant d'être présenté la prochaine fois en février. Mais je n'en parle pas encore.

Avec Montreal Sauvage, Badger and Badger, les Ateliers ZAZ, GwenG et Louisa Nar.





jeudi 24 novembre 2011

Autopsie démesurée, Michael Wolf













«Par beau temps, par temps de pluie, de neige, de typhon même, cette maison était toujours là, en face de ma fenêtre. Alors forcément, je la regardais. C'était étrange, même, mais je n'arrivais plus à en détourner les yeux. Je pouvais passer des heures assise devant mon bureau, les coudes posés dessus, à ne rien faire d'autre que la regarder.»
Murukami, Chroniques de l'oiseau sauvage, p. 734.

Source: Michael Wolf

mardi 22 novembre 2011

Un livre sépulture, NOX d'Anne Carson


Anne Carson, Nox, New Directions, 2010.


Anne Carson est une poète, essayiste, traductrice et professeur d'histoire et de littérature classique torontoise. Elle publié une quinzaine d’ouvrages. Nox, sa dernière oeuvre, est la reproduction du journal que Carson a tenu après la mort de son frère mort en 2000, alors qu’elle ne l’avait pas vu depuis 20 ans. Sur la boîte rigide, au gris terne des pierres tombales, une photo et un épitaphe : «When my brother died I made an epitaph for him in the form of a book». À l'intérieur, le livre se déplie en un accordeon de 200 pages, et forme un puzzle touchant sur l'absence, la perte de l'autre et l'impossibilité de recomposer son portrait, à partir de récits biographiques, de poèmes latins, de traductions, d'essais sur la mémoire, de photographies de famille, de lettres, de cartes postales.

Sur les pages de gauche, le poème latin de Catallus, poète romain antique dont le frère est mort à Troy quand Catallus vivait en Italie, est imprimé dans sa langue originelle, puis décortiqué, démantelé, un mot par page pour en analyser le sens. A droite, un fragment de mémoire de la vie de son frère est relatée, en écho au poème. On retrouve aussi les reproductions de cartes postales échangées, de lettres, de photos de la famille, de dessins.

Malgré l'accumulation de détails intimes sur la vie du frère et ses relations avec le reste de la famille, Nox («Nuit» en latin) est moins le portrait d'un frère mort qu'une méditation sur la perte. De par l'absence de son frère, pour s'en souvenir, elle doit se souvenir aussi de ses silences, de ce qu'elle ne pourra jamais savoir de lui. 

Au niveau physique, la forme extérieure évoque, avec la boite, la pierre tombale qui fait défaut au frère, et, avec le livre-accordéon, la continuité d'une vie esquissée. Les photographies ont été découpées pour n'en montrer que les arrières-plans flous, les textes ont été tapés à la machine, photocopiés, pour que l'on garde la trace de la première écriture, intime. Le poème latin retranscrit en première page a été trempé dans le thé pour lui donner une couleur sépia [parce que, dit-elle, «a page with a poem on it is less attractive than a page with a poem on it and some tea satins.»]. Et on a reproduit les pages vierges du carnet original, ou seul l'arrière de deux agrafes apparaissent.


«I finally decided that understanding isn’t what grief is about. Or laments. They’re just about making something beautiful out of the ugly chaos you’re left with when someone dies. You want to make that good. And for me, making it good means making it into an object that’s exciting and beautiful to look at.»

«I wrote the book because when my brother died I hadn’t seen him for twenty-two years, and he was a mystery to me, and he died suddenly in another country, and I had a need to gather up the shards of his story and make it into something containable. So it’s a lament in the sense of an attempt to contain a person after they’re no longer reachable.»


Now that I'm a ghost


the day i turned into a ghost from ines christine geisser on Vimeo.

Kiin fabrique des fanzines, mais aussi des animations.
Source: Ines Christine

Easy Chair, Ian Ference

Easy chairs and patient art
Creedmoor State Hospital, Queens, NY 2008
Edition of 10

Autour de l'église, la ville





«As you turn each page you are building a pop-up city. It starts centered around a little red house and gradually with each page turn more house, roads, trees, and buildings pop up around it. The last spread folds out on both sides revealing a big city even equipped with power lines made of string. »

dimanche 20 novembre 2011

Et ce qu'il en reste, Evol








Evol archive les restes du Berlin d'un autre temps en prélevant des images photographiques lors de ses ballades dans la ville, pour qu'ils ne soient pas oubliés et entrent dans l'histoire collective.

'' Quand je parcours mon quartier, je suis à la recherche de traces. Pas seulement celles des graffitis, mais aussi des détails de la vie quotidienne. Je ne cherche rien de spectaculaire, les signes infimes des petites actions humaines m'intéressent... et ce qu'il en reste.''

 Source: Arte, Wilde Gallery, Flickr

Back to the future, Irina Werning







Irina Werning, Back to the future, 2010-2011
''I love old photos. I admit being a nosey photographer. As soon as I step into someone else’s house, I start sniffing for them. Most of us are fascinated by their retro look but to me, it’s imagining how people would feel and look like if they were to reenact them today... A few months ago, I decided to actually do this. So, with my camera, I started inviting people to go back to their future.''

Source: Irina Werning

mercredi 16 novembre 2011

Je m'ennuie déjà Sophie







"S'il fait froid et qu'il menace de pleuvoir, n'hésite pas à être un peu longue. Ne parle que de moi, même pour dire du mal. Les autres n'ont qu'à attendre leur tour. Et si tu veux être un peu tragique, c'est le jour. Il ne faut pas qu'ils croient être là seulement pour rigoler."

L'installation, dans le sous-sol en ruines du Palais de Tokyo, met en scène, décortique, le décès de la mère de Sophie Calle dans une cérémonie funèbre aigre-douce, pendant laquelle des images en noir et blanc de tombes grandeur nature, une liste des objets déposés dans la tombe de sa mère, des récits détaillés (du transport de ses cendres), des listes de malades gravées sur la stèle, et surtout, la vidéo des derniers instants de sa vie, avec parfois la musique de Mozart à l'appui, rappellent par leur densité, leur accumulation, l'absence du corps. 

''Elle s'est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu'on parle d'elle. Sa vie n'apparaît pas dans mon travail. Ça l'agaçait. Quand j'ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu'elle n'expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s'est exclamée : "Enfin".
Elle a dit aussi, et la phrase est disséminée partout dans la salle sur des supports divers, ''ne vous faites pas souci'', et puis '' je m'ennuie déjà''.

Devant ces images mouvantes de la mort qui prend place, ce corps dont on espère toujours une respiration de plus, j'étais restée figée, immobilisée par le même besoin de retenir - pour l'accepter à défaut de le comprendre - cette infime fragilité - est-ce la couleur de la peau, un subtile frémissement du corps, la prescience d'un souffle? -, cette infime trace de vie qui, la seconde d'après, n'est plus. 

Mon père, l'hôpital l'avait fait ressusciter à coups de pinceaux et de poudre de starlette de plateau, et pendant que je le regardais, dans cette horrible salle carrée tellement inhospitalière qu'on sent bien qu'il serait déplacé d'installer des chaises, d'ouvrir la porte, d'inviter les passants d'un mouvement large du bras, de toucher le mort, alors qu'on en meurt d'envie, je me demandais s'ils n'avaient pas été jusqu'à le regonfler, oui, comme un matelas pneumatique avec une pompe à vélo, et quelle matière circulait alors dans ce corps, parce que ça avait vraiment l'air de circuler, et pourquoi, s'ils l'avaient tué pour qu'il ne souffre pas, le ressusciter. Et j'étais bien contente de ne pas m'être laissée convaincre d'attendre ''qu'il soit prêt'', dans la chambre d'hôpital, et d'avoir osé le regarder en face à ce moment-là, - prêt pour quoi? -, mais non, je ne supportais pas qu'on ait pu le ressusciter, une heure plus tard, mais sans lui à l'intérieur, juste pour nous, pour que nous, on fasse comme si la mort n'existait pas. 

Dans l'installation de Sophie Calle, j'ai pu m'assoir en tailleur, et voir la peau passer du rose au vert.

Entrevue: '' My husband too, Greg Shephard – instead of looking back on a catastrophic year, I focus on the film we made together. So yes, it changes everything once you created something with them, or via them. It removes the bitterness from the memories.''

DD: So do you need to be heartbroken to create?''

Sources: lucileee.blog.lemonde.fr , les inrocks

mardi 15 novembre 2011

Mad marginal, archive sensible de l'antipsychiatrie

MAD MARGINAL / Les archives,
Dora García, 2011
Le livre d’artiste MAD MARGINAL s’inscrit en parallèle du projet éponyme sur lequel Dora García travaille depuis 2009. Sous la forme d’une boîte d’archive, ce livre d’artiste rassemble 35 documents ayant nourris la recherche de Dora García pendant ces deux ans. Ces documents sont ici reproduits à l’identique sous la forme de facsimilés. Traitant de la marginalité comme d’une position artistique et politique, Dora García s’intéresse aux différentes significations qu’une telle position peut recouvrir ainsi qu’à la contradiction et à la beauté de l’artiste comme figure marginale. Ses recherches ont démarré avec la lecture de textes écrits par le psychiatre et essayiste italien Franco Basaglia (durant les années 60, celui-ci fut entre autre l’organisateur à Trieste et à Gorizia des communautés thérapeutiques qui défendent le droit des individus psychiatrisés. Son combat est à l’origine en Italie de la Loi 180 (1978) visant la suppression des hôpitaux psychiatriques). Le projet Mad Marginal s’inscrit essentiellement dans le contexte de la ville de Trieste où la « Révolution Basaglienne » s’est mise en place entre 1971 et 1978. Les recherches de Dora García pour Mad Marginal incluent également des textes de penseurs et d’intellectuels tels que Fernand Deligny, Michel Foucauld, David Cooper, Ronald David Laing ; des écrits d’écrivains et d’artistes tels que Jack Smith, Antonin Artaud, Lenny Bruce, James Joyce, Italo Svevo, Robert Walser, etc.

''Nous sommes ainsi amenés à mesurer l'écart entre la finalité propre d'un document d'archive et celle que lui donne Dora García. On attend d'un document d'archive qu'il restitue un évènement passé de manière objective. Dora García l'utilise davantage pour faire émerger des réflexions. Elle s'en sert comme d'un support, qui nous invite à une interrogation d'ordre théorique, mais aussi à partager une expérience. L'affect n'est pas mis de côté, alors même que l'objet du dossier d'archives peut paraitre rébarbatif. Il est effectivement question de plaisir. Le plaisir de l'artiste, vagabondant dans ces chemins de pensées et ces bribes d'histoires éclatées, est certainement l'un des fils conducteurs de son travail de recherche. C'est un plaisir de même nature qu'éprouve le lecteur en entrant dans ces documents, et qui le guide dans ses lectures. ''

Sources: Rosascape, entrevue


Les traces de la disparition, Max Kandhola




Dans Illustration of Life (Dewi Lewis Publishing and Light Work, New York, 2003), première partie d'une trilogie sur son histoire familiale et ses origines indiennes,  Max Kandhola documente la bataille de son père avec le cancer, et ses derniers moments. Dans les dernières pages du livre, trois photographies montrent les cendres du père.  Dans la tradition Punjabi, les cendres sont jetées dans l'eau courante pour réintroduire le mort dans la vie.

''His body was rejecting everything - the chemotherapy and the fluid that was pumped inside his body. One thing I noticed was the amount of debris there was - things dropping off - hair, blood, tissues, needles, urine samples... I asked the nurses to collect and keep bags of them, knowing I could photograph them later. It was natural to do that, because you could see all these bumps and marks appearing on his torso externally, and yet the cancer was internal.’

He resisted photographing his father directly until, finally, things got worse. Using a macro lens he closely documented parts of his body that were constantly touched by his family: the hair they stroked, the torso they massaged, the ear in which they whispered comfort. ‘I couldn’t photograph his mind, but I think the Eyes pictures were the closest that I could get to him. So much happens when you are in the process of making a photograph and it was only afterwards when I was looking at the contacts that I realised he was trying to adjust his eyes to look into the lens, and that by the fourth picture he does.

Sources: http://we-english.co.uk/blog/?p=791, http://www.picture-box.com/max1.html

lundi 14 novembre 2011

Virginia Kraljevic












Source: http://www.virginiakraljevic.com/Virginia_Kraljevic/Portfolio/Pages/Pen_and_Ink.html