dimanche 30 octobre 2011

Dans l'atelier des autres





Je passe un temps fou à regarder le travail d'illustrateurs actuels sur leurs blogs et leurs boutiques en ligne. Pas forcément pour chercher des fanzines reliés à ma recherche sur la mémoire; davantage pour m'immerger dans une sorte d'ambiance - peut-être construite à force de préférences trop marquées qui disqualifient le reste - douce, d'une nostalgie un peu naïve, que je trouve très spécifique à notre génération. Dans ces images du temps présent, les dessins sont au crayon ou couleurs pastel, on retrouve des maisons, des vieilles granges de bois comme on peut en appercevoir depuis la route quand on traverse le Canada en voiture, des animaux (surtout le cerf et l'ours), des collages enfantins, et des triangles.
Source: Leah Duncan sur Etsy

mardi 25 octobre 2011

Là où je ne suis pas, Isabelle Ayotte

Des maisons, encore.




Source: Isabelle Ayotte

Les livres-territoires d'Andreé-Anne Dupuis Bourret


Séquence Rurale
sérigraphie, dessins et perforations sur papiers divers, reliure brochée et collée /
38 pages, 4,5'' x 11,75 '', 2004


Outland
sérigraphie, dessins et perforations sur papiers divers, reliure brochée et collée /
38 pages, 4,5'' x 11,75 '', 2004

Livre 1
en collaboration avec Laurent Lamarche, Jean-Simon Desrochers et Patrice Lajoie, impression sérigraphie sur papier divers, reliure cousue a la main /  24 pages, 5’’ x 5’’, 2000

Hier, j'animais une rencontre avec Andrée-Anne Dupuis Bourret et Isabelle Ayotte sur le livre d'artiste. La conférence était organisée par les Ateliers ZAZ.

mardi 18 octobre 2011

Transparences

Andrée Anne Dupuis-Bourret, Réflexion Rituel,
1999, livre témoin d'une performance, 3 exemplaires
Collectif, Woogie Nite Poemes

Les petites filles
Livres d'artiste présenté lors d'une formation
aux Ateliers Graff animée par Andrée-Anne Dupuis Bourret.

Flagbooks, Karen Hanmer


Destination Moon | 2003
Destination Moon, about a couple's trip to the moon.

Succession | 2002
Pigment inkjet prints
Open size 7 x 5 x 26", closed size 7 x 5x.75"
Transition from a detailed to a blurred field of corn and back suggests the history of a large, immigrant farming family over a 60 year span. Inside covers depict the family in the late 1920s and the late 1960s.

Letter Home | 2004
Pigment inkjet prints
fully open size 8 x 19 x 3"
A young Navy wife’s letter written from Europe to her family on the farm.

Using family photographs and dual, private voices — a letter to family and an interior commentary — Hanmer creates a visual narrative/diorama of Midwestern roots, geographic displacement, familial relationships, personal and interpersonal anxieties, and 1950s cultural transition. The work evokes emotions of longing and loss without being sentimental, as well as hope for the future that is flavored with Midwestern pragmatism.
Source: Karen Hanmer


dimanche 16 octobre 2011

Série de portraits, Imai Norio, Sawada Tomoko, Nicholas Nixon


IMAI NORIO

Chaque jour, depuis le 30 mai 1979, Imai Norio se photographie avec un polaroid, en tenant d'une main le cliché daté de la veille.


SAWADA TOMOKO
ID400, 1998
Dans ID400, Sawada Tomoko expose les 400 planches de photomatons en noir et blanc qu'elle a prises d'elle en changeant de coiffure, de vetements, de maquillage.


NICHOLAS NIXON

The Brown sisters est une série de portraits ayant pour sujet la femme de Nicholas Nixon et ses trois sœurs. Les sœurs y apparaissent, année après année, toujours dans le même ordre sur l’image, mais les poses y sont différentes à chaque fois, témoignant d’une dynamique familiale changeante.

Nécrologies d'anonymes

"Nécrologies: tous les jours dans le journal je regarde ces photos et ces résumés. Rapidement, sans y porter vraiment attention. Pourtant malgré ces photos et ces textes conventionnels,la vie et la mort se sont joués. Voici des mini- fictions aigres-douces "


Source: http://dansylvestre.blogspot.com/

jeudi 13 octobre 2011

Un foie divinatoire

Fegato di Piacenza

Warburg tenta fievreusement d'acquérir un moulage du foie divinatoire de Piacenza.
Lettre à Robert Zahn, 31 décembre 1924

Le foie de Piacenza est un vestige étrusque en bronze qui servait de modèle à la divination donnée par l'haruspice, le devin étrusque qui tirait des présages dans les entrailles d'un animal sacrifié.ci, il s'agit d'un foie de mouton en taille réelle. Il est divisé en zones attribiées aux divinités de la mythologie etrusque.

Time Capsule, par Warhol


" À mon avis, nous devrions tous vivre dans un grand espace vide. Ce peut être un petit espce, du moment qu'il est propre et vide. J'aime la manière dont les Japonais rangent tout dans les placards, mais je préfèrerais qu'il n'y ait pas de placard, car c'est hypocrite. Mais si on ne peut pas aller jusqu'au bout, et qu'on estime réellement avoir besoin d'un placard, il faut que le placard soit une proportion d'espace totalement séparée, afin de ne pas trop l'employer comme béquille. Si l'on vit à New York, il faudrait que le placard soit au moins dans le New Jersey. En plus de la fausse dépendance, il existe une autre raison de maintenir le placard à la bonne distance de l'endroit où l'on vit: on ne veut pas avoir le sentiment de vivre la porte à côté de son dépotoir. Le dépotoir de quelqu'un d'autre ne serait pas aussi déplaisant, parce qu'on ne saurait pas exactement ce qu'il y a dedans, mais la pensée de son propre dépotoir, en sachant tout ce qui s'y trouve dans le moindre détail, ça pourrait rendre fou n'importe qui. Tout dans ce placard devrait avoir une date limite, comme le lait et les journaux, et chaque fois qu'une chose arriverait à expiration, on la jetterait. Le mieux ce serait d'avoir une boîte pour un mois, de tout y mettre et de la boucler à la fin du mois. Et puis de la dater et de l'expédier dans le New Jersey. Il vaudrait mieux tâcher d'en  garder une trace, mais sinon c'est très bien quand-même, si vous la perdez, parce que c'est toujours une chose en moins à laquelle penser: un poids de moins sur l'esprit: Tennesse Williams garde tout dans une malle et puis l'expédie à un grade-meuble. J'ai moi-même commencé avec des malles et des meubles d'appoint, mais je suis ensuite parti à la recherche d'autre chose (de mieux). et maintenant je me contente de tout jeter dans des boîtes de carton marron toutes semblables, avec une tâche de couleur sur le côté qui indique le mois et l'année. Mais j'ai vraiment horreur de la nostalgie et, tout au fond, j'espère que tout se perdra et que je n'en reverrai jamais rien. J'ai toujours eu envie de jeter les choses par la fenêtre quand on me les tend, mais au lieu de suivre ma tentation, je dis merci et je les jette dans ma boîte du mois.
Mais mon autre point de vue, c'est que j'ai réellement envie de garder les choses pour qu'elles puissent reservir un jour."
Andy Warhol, Ma philosophie de A à B et vice versa, Paris, Flammarion, 2007, p. 116-117.

Andy Warhol a stocké le flux des objets et papiers qui l'entouraient dans environ 600 boîtes entre 1974 (son déménagement sur Broadway) et 1987 (sa mort).

lundi 3 octobre 2011

Dreams, Maryann Rikers



Le rêve, la maison, la couture et le jeu de transparence.

Melek, Julie Doucet

Melek
Julie Doucet; textes rassemblés par Benoît Chaput.
Montréal : L'Oie de Cravan, 2002.
Tirage limité à 425 exemplaires
22 cm

"La présence de vies qu'on ne saura plus rejoindre, à jamais fermées, mais qui racontent pourtant une histoire bien connue, trop proche pour que l'on puisse croire à cette distance. Nous ne le savons que trop: face à ce qui transpire sous ce silence, il n'y a guère d'abri."

"Il y a une tâche qui grandit à travers vos visages. [...] Mais je me tiens droite mon père."

"Melek était.
Je ne sais plus le mot.
Istambul, le marché aux oiseaux et le désert.
Ma propre langue a quitté ma bouche, je ne sais plus nommer ce visage.
Melek était."

Sources: dossier collections canada, Julie Doucet

Le 6 avril 1944, Jacques Fournier

Le 6 avril 1944
Jacques Fournier
Montréal, Éditions Roselin, 1999
16,7 x 25,x 9,8 cm
Tirage :44 exemplaires
Ce livre-objet agit comme un cénotaphe - monuments élevés à la mémoire d'une personne ou d'un groupe de personnes disparus, et qui ne contiennent pas de corps - et fait réapparaître la souffrance des 40 enfants d'Izieu déportés à Auschwitz le 6 avril 1944. La photographie en noir et blanc déposée au fond du coffret se réfléchit sur les parois intérieures de la boîte en papier polyester sur lequel on a gravé le nom et l'âge de chacun des enfants. Le paysage désolant, gris, s'étend et se reproduit sur les bordures. Le socle noir est pesant, alourdi d'une charge cachée sous l'image.

L'objet, on le manipule avec une solennité contrainte, par la qualité matérielle de l'objet, et son sujet.

samedi 1 octobre 2011

Une petite affaire privée


Si la règle de Barthes, « donner l’intime, non le privé », circonscrit bien la pudeur dans laquelle il est bon de draper la parole publique, il est des œuvres obscènes qui vous secouent, même lorsqu’elles exposent– et surexposent – cette« petite affaire privée » avec laquelle Deleuze nous somme de ne surtout pas faire d’art.

En me promenant au Belgo hier pour capter quelques unes des nombreuses expositions du Mois de la photo, je suis tombée sur plusieurs propositions – photographiques et féminines – de récits "autobiographiques" qui désobéissent à cette règle.

Mais l'intransigeante injonction deleuzienne, professée à la lettre E comme Enfance de son Abécédairefilmé, n'est-elle pas une invitation à la désobéissance? Et comment serait-elle autre chose qu’une provocation, une exhortation à prouver que le récit construit à partir des archives personnelles peut être plus que le « médiocre » et «immonde » bégaiement des petites affaires privées (celui qui ne permet que de «bé-bé-bé bégayer, comme ça », dit-il), qu’il peut pousser le langage jusqu’à ce point de bégaiement qui n'a alors plus rien à voir avec la panique ni l'hésitation, qui attente à la structure même de la langue.



Avec Aujourd’hui (dates-Vidéo), Claire Savoie déjoue les codes du journal intime. Chaque jour, depuis 2006, l’artiste québécoise consigne un moment bref dans ce qu’elle appelle une « date-vidéo ». Ces (500) capsules montées en séquence, chacune séparée par une coupure brusque de quelques secondes, constituent le « film »de 5 heures projeté à la Galerie SBC. Les images, quotidiennes, presque immobiles, dialoguent avec un flot de textes (notes de lecture de la journée, informations médiatiques, pensées) qui défile sur l’écran. L’accumulation, les chevauchements des phrases en compliquent la lecture. Dans la première salle contiguë, les murs sont tapissés de cadres contenant 68 épreuves extraites de la bande vidéo. Les journées manquantes sont matérialisées par des espaces blancs qui séparent deux épreuves trop éloignées dans le temps. Les détails photographiés – une cicatrice d'animal, une table, un verre, un bureau, un couloir... – pourraient révéler les secrets d’une vie, mais se bornent à dire, dans leur absence de particularité, « je suis vivante ». Un peu comme ces notes d’existence, « Ce matin, je me suis levé à… » suivies de l’heure, qu’On Kawara envoyait sur des cartes postales.


Mais l’œuvre de Claire Savoie, dans sa promesse tronquée de journal intime, me fait– étrangement? – aussi penser au Chevalladar de Julie Doucet, un livre d’artiste présenté sous la forme de ces carnets d’adolescent(e) dont on protège les secrets avec un cadenas, mais dont le contenu est protégé, ici, par une langue poussée – jusqu’au bégaiement? – jusqu’à l’hermétisme, en tout cas, puisque l’artiste invente une nouvelle langue qui laisse le lecteur-voyeur sur sa faim. Comme s'il importait plus de matérialiser l'existence de cette petite affaire privée, plutôt que de la déployer sous l'infinité de formes anedoctiques et singulières qu'elle peut prendre au quotidien. Faire exister, mais ne pas exposer ces "mêmes" - mêmes drames familiaux, mêmes grands-parents morts, mêmes histoires d’amour, comme disait Deleuze, qui en et pour elles-mêmes, ne font ni des romans, ni des œuvres.





Dans le Centre d’art Optica, Raymonde April, bien connue pour sa pratique photographique inspirée de sa vie privée, a rassemblé des images de ses archives personnelles pour interroger, semble-t-il, l’autoreprésentation. La question qui m’obsède alors, à glisser d’une image à l’autre, sans rien sentir d’une durée, ni d’un scénario, est de savoir ce que je peux puiser – recevoir –de ces photographies, pour moi qui ait tellement besoin du texte, ou au moins d’une séquentialité qui compose, ordonne, agence une narration que je ne parviens pas à déplier ici. Et je me surprends à m'entendre avec ceux qui croient la photographie incapable de restituer à rebours une vie autrement qu’en fragments figés.





Au détour d’un étage qu’on se forcera à explorer d’une extrémité l’autre, on tombera par hasard sur le travail de Caroline Kelley, "TERRA INCOGNITA : Stories of Imaginary Places", qui problématise justement la capacité du document personnel (photographie, dessin, récit de voyage, vidéo) à créer un souvenir (soi-disant) authentique. Peut-être même – déformation de mes intérêts – puisqu’il s’agit de documents d’archive, il faudrait alors voir ce qu’il reste de l’expérience des voyages documentés, du territoire parcouru, et comment le spectateur peut-il entrer dans les récits, écrits à la main, agrafés négligemment et déposés sur la table, et puis, oui, se demander s’il a envie de savoir. A quel moment le spectateur a envie de s’impliquer dans un récit qui ne le concerne pas, et pourquoi –brutalement – déciderait-il que celui-ci le concerne?





Parce que c’est bien ce qui arrive quand on franchit la porte du Skol. La résistance, d’abord, à un exhibitionnisme immonde, dans son sens premier peut-être, de ce qui n’est pas propre, impur, parce que le sujet y épluche, salement, les écorchures narcissiques de toute une vie, cherche dans la nudité sans artifice, dans la laideur des corps, une vérité, et peut-être même, nous demande – et l’on sait comme on hait ceux qui nous supplient de les aimer – de le faire exister en le regardant. Cristina Nuñez a rassemblé ici des portraits de famille et autoportraits qu’elle a réalisés dans une démarche thérapeutique. Les images sont agencées dans un ordre chronologique, reconstruisant le fil linéaire d’une vie chaotique allant de la haine à la réconciliation. Sur une vidéo qui fait défiler les mêmes photos, l’artiste raconte son histoire, depuis cette première blessure, la naissance de sa petite sœur, qui, brutalement, en prenant sa place, l’a rendue invisible et condamnée à rechercher le regard des autres. Par le mannequinat, puis la drogue, la prostitution, pour enfin découvrir, dans la pratique de l’autoportrait, un moyen de conquérir ce regard, jusque-là manquant, qui atteste de son existence. Ce nombrilisme qu’on exècre, j’étais étonnée de l’écouter, malgré la fatigue, et de ne pas être la seule, de voir les autres visiteurs se tortiller d’une jambe l’autre pour faire taire l’impatience d’un corps maintenu trop longtemps debout immobile. Alors qu'il démissionne si souvent devant l'exigence des oeuvres-vidéos.


Ce qui nous retient, et nous touche, c’est le courage de la démarche d’une artiste qui va jusqu’à « se faire prendre en photo nue dans des postures les plus laides possibles pour tenter de se réconcilier avec ce qu’il y a de plus dégueulasse en elle », courage aussi d’explorer devant témoins les tabous, de la nudité, la laideur, la maladie, la mort, la solitude, l’égocentrisme, et même le rapport mère-fille quand, sur une image la montrant encore elle, toujours elle, et une fillette en arrière plan, elle explique qu’elle ne pouvait – toujours – pas supporter d’être derrière quelqu’un, pas même sa fille, qu’il lui fallait toute la place. Ici, le privé, décortiqué, déroulé comme on pourrait peut-être s’y autoriser, un jour, dans l’intimité du cabinet du psychanalyste, est immonde, vulgaire et immonde. Pas médiocre. Ou alors médiocre comme nous le sommes tous, avec nos geignements dont nous faisons tout un nombril dans notre société occidentale individualiste.


Sources: Le Mois de la photo, Optica, Raymonde April, Skol, Cristina Nunez, SBC gallery, Claire Savoie, Les Territoires, "Trajets de l'intime" de Guillaume Bellon, Abécédaire de Deleuze